Virus d'Epstein-Barr
En 1958, Denis Burkitt décrivit un cancer de l'enfant fréquent en Afrique, apparemment en relation avec les données climatiques de la région d'observation. Il soupçonne alors une origine virale. Au cours d'une conférence donnée à Bristol par ce médecin anglais, en 1964, le virologiste Anthony Epstein et son étudiante Yvonne Barr s'intéressèrent à cette hypothèse et proposèrent une collaboration. A partir d'échantillons ganglionnaires de patients atteints de lymphome de Burkitt, ils découvrirent des particules virales en microscopie électronique dans une lignée cellulaire issue de ce lymphome particulier.

Infection virale

Environ 90% des habitants de notre planète sont infectés par le virus EBV et constituent des porteurs permanents pendant toute leur vie.

Autres pages sur le virus EBV

Le virus est transmis par voie salivaire, très tôt dans l'enfance dans la plupart des pays en voie de développement, plus tardivement à l'adolescence ou à l'âge adulte dans les pays développés. Le mode de transmission le plus haibutel est par le baiser. L'infection survient au bout de 30 à 50 jours, avant les signes d'apparition clinique de la mononucléose infectieuse.

Pendant l'infection des cellules lymphatiques B, la protéine gp350 retrouvée sur la membrane du virus se lie au récepteur CD21 de surface du B-Lyphocyte, ce qui va permettre son internalisation dans la B-Lymphocyte. Les cellules B se multiplient. Le virus se développe dans les cellules lymphatiques B et le virus persiste indéfiniment dans les cellules B de mémoire. Par comparaison, in vitro, l'infection par le virus d'Epstein-Barr entraîne une transformation de lymphocytes normaux en des lignées lymphoblastoïdes (cf. Thomson M.P et al).

A l'inverse, l'infection des cellules épithéliales de l'oropharynx infectée, n'induit pas la prolifération ou l'immortalisation des cellules. Il existerait plutôt une multiplication intracellulaire des particules virales (processus lytique), entraînant la production continue de virus, au niveau de la salive pendant des années après l'infection primaire.

On a décrit de rares cas de transmission par transfusion sanguine ou par transplantation.

Structure du virus EBV - Infections latente et lytique

Le virus EBV est un herpesvirus de type 4 (HHV-4). Il se compose d'une capside tétraédrique, contenant l'ADN, elle-même entourée d'une enveloppe dérivée des membranes celllulaires, dans laquelle on retrouve les glycoprotéines virales décrites plus bas.

La capside contient une double chaîne d'ADN qui vont coder pour des protéines d'expressions variables : immédiates, précoces ou tardives.

Manifestations biologiques de l'infection par l'EBV

Lors de l'infection par l'EBV, un grand nombre de particules virales vont être retrouvées au niveau de la bouche et du sang.

On pourra ainsi détecter des anticorps anti-capside virale de type IgM (début de l'infection) ou IgG, ainsi qu'une réaction à lymphocytes T CD8 (provoquant la lyse des cellules infectées). Si cette réaction des T lymphocytes permet la destruction des cellules, on pense qu'elle est responsable de la symptomatologie clinique observée au cours de la mononucléose (fièvre, adénopathies, fatigue, etc.).

Anticorps anti-capside de type IgM (début de l'infection - disparaissent en 4 à 6 semaines))

Anticorps anti-capside de type IgG (après 2 semaines d'infection - maximum à 4 Semaines - retrouvés toute la vie)

Anticorps anti-EBNA (apparaissant après la phase aiguë (après 2 à 4 mois, restant présents à vie).

Un certain nombre de protéines sont synthétisées secondairement (tardives) par les cellules infectées par l'EBV et peuvent être détectées (notamment par immuno-histochimie). Nous citerons notamment

EBNA1 : (Epstein-Barr Nuclear Antigen) cette protéine permet la réplication du génome viral et l'immortalisation de la cellule B infectée. Le gène de cette protéine est transmis lors de la mitose.

EBNA2 : c'est un co-activateur de transcription des gènes viraux et cellulaires (notamment c-myc) qui est essentiel également pour l'immortalisation de la cellule porteuse.

EBNA3 : notamment dans sa forme 3C, qui permet de déborder le point de contrôle en rapport avec la protéine du rétinoblastome (pRb) et accroit la production de la protéine LMP1 (cf. plus bas).

EBNA-LP (latent protein) : entraîne une inactivation des protéines p53 and pRb, et stimule les facteurs de transcription cellulaires.

LMP1 (latent membran protein) : mimique le signal induit par la liaison à la protéine de surface CD40 et entraîne une activation permanente du récepteur (cascade de la multiplication cellulaire) ainsi que du niveau de bcl-2 (facteur anti-apoptotique).

LMP2A : cette protéine se lie aux tyrosine kinases de la famille src et bloque ainsi l'activité lytique qui découlerait de l'activation du récepteur des B-lymhocytes (BCR).

LMP2B permet la réactivation de la phase lytique de l'infection par EBV.

Conséquences cliniques de l'infection par l'EBV

La plupart du temps, cette infection virale reste latente. Chez les jeunes adultes ou les adolescents, la primo-infection se traduit souvent par une mononucléose infectieuse (maladie infectieuse caractérisée par l'association d'une angine, d'une poly-adénopathie et d'un syndrome mononucléosique, cette maladie bénigne est souvent très invalidante, guérit spontanément).

Deux types de cancers sont clairement reliés à l'EBV.

Le lymphome de Burkitt endémique (survenant chez l'enfant),

Le lymphome de Burkit sporadique, (survenant chez l'adulte ou l'enfant),

Le cancer naso-pharyngien, survenu chez des patients sans antécédents alcoolo-tabagiques majeurs, est un cancer surtout observé en Asie du Sud-Est et dans le Maghreb.

D'autres associations ont été proposées avec l'EBV mais semblent moins confirmées (certaines formes de maladie de Hodgkin, sous-type lymphoépithélial du cancer gastrique)

Bibliographie

Epstein-Barr virus and cancer.
M.P. Thompson et al,
Clin Cancer Res. 2004 ; 10:803-21.

 

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