La morphine injectable


La morphine injectable est un traitement d'attaque de la douleur majeure cancéreuse, quand un traitement localisé doit être institué ou quand le traitement par voie buccale habituelle n'est pas efficace.

Présentation

Il existe plusieurs présentations pharmaceutiques de chlorhydrate de morphine (hydratée ou non) avec une titration à 1%, 2% et 4% avec ou sans conservateur.

1 ml de solution à 1% apporte 10 mg de morphine, 10 ml 100 mg.

Les voies péridurale, intrathécale et intraventriculaire, nécessitent l'utilisation de la morphine sans conservateur et la filtration lors de l'injection à travers un filtre de 0,22 μm .

La voie intra-musculaire est déconseillée, car douloureuse et n'apportant pas d'amélioration cinétique par rapport à la voie sous-cutanée.

Actions

La morphine possède une action analgésique dose-dépendante.

Elle agit sur le comportement psychomoteur et provoque sédation ou excitation.

La morphine exerce, dès les doses thérapeutiques, une action dépressive sur les centres respiratoires et celui de la toux. Cette dépression respiratoire s'atténue progressivement en cas d'administration chronique.

La morphine fait vomir soit par action directe sur le centre du vomissement soit par stimulation de la vidange gastrique

La morphine provoque un myosis d'origine centrale.

La morphine diminue le tonus et le péristaltisme des fibres musculaires lisses longitudinales et augmente le tonus des fibres circulaires d'où un spasme des sphincters (pylore, valvule iléocæcale, sphincter anal, sphincter d'Oddi, sphincter vésical).

Posologie

A titre indicatif, on peut comparer les doses administrées équivalentes du point de vue de l'antalgie produite :

Voie orale Voie sous-cutanée Voie Intra-veineuse Voie péri-durale Voie intra-thécale
1 mg environ 1/2 mg environ 1/3 mg 1/10 à 1/20 mg 1/50 à 1/200 mg

Chez l'adulte, la morphine est en général initiée sous forme d'injections IV répétées de 1 mg, toutes les 10-14 minutes jusqu'à sédation complète (titration). Puis le relais sera

soit pris par des injections sous-cutanées de 5 à 10 mg 4 à 6 fois par jour

soit par une perfusion auto-contrôlée (analgésie auto-contrôlée) avec bolus et limitation de temps entre les bolus.

Pour les douleurs chroniques en cancérologie, chez les patients n'ayant pas de traitement préalable par de la morphine orale, la posologie initiale quotidienne sera de 0,5 mg/kg/j (classiquement 30 mg/j chez l'adulte), en perfusion continue de préférence (plutôt qu'en injections itératives toutes les 4 à 6 heures).

Chez les patients recevant auparavant de la morphine par voie orale, la posologie initiale quotidienne sera la moitié de la dose orale administrée. Si la posologie orale était insuffisante, il est possible de passer d'emblée à une posologie supérieure

Chez l'enfant, la morphine est tout aussi indiquée que chez l'adulte pour soigner la douleur, mais la posologie demande plus de précaution et des compétences particulières.

Contrindications

Les contrindications suivantes sont classiques :

Insuffisance respiratoire décompensée (en l'absence de ventilation artificielle),

Insuffisance hépatocellulaire sévère (avec encéphalopathie),

Traumatisme crânien et hypertension intracrânienne en l'absence de ventilation contrôlée,

Épilepsie non contrôlée.

Association avec d'autres morphiniques : risques respiratoires majeurs buprénorphine, nalbuphine et pentazocine..

Effets secondaires

Les effets indésirables les plus fréquents aux doses habituelles sont

la constipation, qui ne régresse pas spontanément et doit être prise en charge et anticipé pour optimiser le traitement. Elle nécessite une thérapeutique corrective (laxatif systématique)

la somnolence, en général transitoire (sauf pathologie associée),

les nausées et vomissements transitoires, et dont leur persistance doit faire rechercher une cause associée.

Les autres troubles assez fréquemment rencontrés sont :

la confusion , la sédation ou au contraire l'excitation, des cauchemars, plus spécialement chez le sujet âgé, avec éventuellement phénomènes hallucinatoires, très anxiogènes chez le malade (neurotoxicité aiguë nécessitant une hydratation et éventuellement un traitement par halopéridol),

une dépression respiratoire pouvant conduire à l'apnée,

augmentation de la pression intracranienne (notamment en cas de tumeur cérébrale) qui doit être traitée avant d'instituer un traitement morphinique,

dysurie voire rétention urinaire, notamment chez les patients porteurs d'un adénome prostatique ou d'une sténose urétérale.

prurit et rougeur (notamment après injection intrathécale ou péridurale).

Surdosage

A la somnolence persistante, signe d'appel précoce et à l'apparition d'une décompensation respiratoire, vont s'ajouter un myosis extrême, une hypotension, une hypothermie, un coma.

Le traitement est une urgence :

Arrêt de la morphine,

Stimulation ou ventilation respiratoire assistée, voire réanimation cardiorespiratoire en service spécialisé.

Traitement spécifique par la naloxone (réapparition fréquente et brutale de la douleur).

Syndrome de sevrage

Il survient à l'arrêt brutal des morphiniques.

On observe

des bâillements, de l'anxiété,

une grande irritabilité, des myalgies diffuses peu précises dans leurs localisations, des arthralgies,

une insomnie persistante,

des frissons,

une mydriase bilatérale,

des bouffées de chaleur, une hypersudation,

un larmoiement et une rhinorrhée,

des nausées et des vomissements accompagnant une anorexie, des crampes abdominales, une diarrhée.

Règles de prescription

Il s'agit d'un médicament du pallier III de l'OMS.

La prescription est limitée à 7 jours, ou 28 jours en cas d'administration à l'aide de systèmes actifs pour perfusion.

Prescription sur ordonnance répondant aux spécifications fixées par l'arrêté du 31 mars 1999.

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