Soins palliatifs et code de déontologie


Le code de déontologie apporte de nombreux renseignements sur le comportement du médecin vis à vis du malade en période de soins palliatifs.

Le site du Conseil National de l'Ordre des Médecins est particulièrement intéressant, notamment par son interprétation du code stricto sensu : nous avons emprunté quelques uns des commentaires particulièrement significatifs pour notre sujet.

L' article 2 est l'article fondateur :

Le médecin, au service de l'individu et de la santé publique, exerce sa mission dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité.
Le respect dû à la personne ne cesse pas de s'imposer après la mort.
L'exercice de la médecine est un service pour chaque individu tout en s'insérant dans la vie sociale. Le respect de la vie et de la personne humaine est au centre de sa mission. La loi indique clairement que la vie continue, d'une certaine façon après la mort, puisqu'on se doit de respecter les morts.

L' article 32 précise la nécessité de formations permanentes des médecins et le recours à des équipes spécialisées

Dès lors qu'il a accepté de répondre à une demande, le médecin s'engage à assurer personnellement au patient des soins consciencieux, dévoués et fondés sur les données acquises de la science, en faisant appel, s'il y a lieu, à l'aide de tiers compétents.
Le contrat de soin qui lie le médecin à son malade s'étend, bien entendu, au-delà de la simple prise en charge occasionnelle, 'jusqu'au bout' si nécessaire. L'appel à des confrères plus compétents est une justification des équipes mobiles qui donnent des conseils, mais ne travaillent pas à la place des soignants usuels. Enfin, la notion de données acquises par la science souligne combien il est nécessaire de faire, pour les soins palliatifs comme pour le reste de la médecine, des études cliniques de qualité, même si les conditions de réalisation peuvent être diffférentes.

L' article 35 précise les conditions du dialogue entre le médecin et le malade

Le médecin doit à la personne qu'il examine, qu'il soigne ou qu'il conseille, une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu'il lui propose. Tout au long de la maladie, il tient compte de la personnalité du patient dans ses explications et veille à leur compréhension.

Toutefois, dans l'intérêt du malade et pour des raisons légitimes que le praticien apprécie en conscience, un malade peut être tenu dans l'ignorance d'un diagnostic ou d'un pronostic graves, sauf dans les cas où l'affection dont il est atteint expose les tiers à un risque de contamination.

Un pronostic fatal ne doit être révélé qu'avec circonspection, mais les proches doivent en être prévenus, sauf exception ou si le malade a préalablement interdit cette révélation ou désigné les tiers auxquels elle doit être faite.

Le difficile problème du dialogue avec le malade est abordé dans cet article : l'information doit être ciselée pour chaque patient, selon sa personnalité, mais elle doit être aussi complète que possible. On se rappellera l'importance des documents d'information remis au patient.

Le médecin doit s'assurer de la bonne compréhension du patient : on verra l'intérêt à ce sujet de la reformulation. Si le médecin peut ne pas révéler le pronostic fatal au patient, il faut que cela soit dans l'intérêt du malade et non devant sa propre peur d'affronter les questions difficiles.

On remarquera aussi le rôle des proches : ils peuvent ne pas être informés, le maître de l'information, c'est le malade et lui seul.

L' article 36 précise l'importance du recueil du consentement du malade

Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas.

Lorsque le malade, en état d'exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposés, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquence

On voit bien dans cet article, que si on veut réellement rechercher le consentement de la personne, il faut lui donner une explication claire.

On lira avec intérêt les commentaires sur les conditions de l'exercice de cette liberté fondamentale : en particulier, comment éviter le 'paternalisme médical'.

Tout un chapitre du commentaire traite aussi de l'offre faite au patient de demander un second avis : une telle attitude ouverte est indispensable, notamment au cours des soins palliatifs.

L'article 37 donne des instructions précises sur le traitement de la souffrance et sur l'acharnement thérapeutique.

En toutes circonstances, le médecin doit s'efforcer de soulager les souffrances de son malade, l'assister moralement et éviter toute obstination déraisonnable dans les investigations ou la thérapeutique.

Le code précise de façon très détaillée l'importance du soulagement de la douleur et du rôle majeur des médecins dans cette situation. Il précise l'importance du dialogue vrai, pour bien comprendre la douleur et pour la prendre en charge dans sa globalité.

Il ne sous-estime pas les difficultés du raisonnement médical, mais insiste sur la liberté du patient à refuser des examens inutiles ou des traitements peu efficaces.

Selon cet article, la dignité de l'homme malade doit être au centre des préoccupations du médecin.

L' article 38 précise l'interdiction de donner la mort et la notion d'euthanasie.

Le médecin doit accompagner le mourant jusqu'à ses derniers moments, assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d'une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage.

Il n'a pas le droit de provoquer délibérément la mort

Cet article est particulièrement intéressant. L'accompagnement de l'agonie est l'ultime responsabilité du médecin qui doit faire "l'analyse des besoins" corporels, psychiques, sociaux et surtout prendre en compte la douleur et la souffrance du patient.

La démarche éthique est de passer du "paternalisme éclairé" à une véritable "alliance thérapeutique" pour permettre un véritable choix au patient par une information complète dans le respect de sa volonté.

Le malade a le droit de savoir que sa mort approche et le droit de ne pas le savoir : ce n'est pas au médecin de lui faire violence en lui annonçant une mort prochaine, mais ne doit-il pas l'aider, avec délicatesse et compassion, à en prendre conscience ? En établissant une relation d'une telle qualité avec le malade, le médecin reste "l'ami ultime". Il évite ainsi au patient d'être enfermé dans le silence ou "le mensonge" parfois, l'abandon progressif, la régressive dépendance physique, sa vie étant limitée à la seule souffrance.

Traitant de façon concrète de l'euthanasie, le commentaire souligne l'importance de la confiance du malade : peut-on imaginer qu'un grand malade ait à se demander si l'injection qui est préparée par le soignant est destinée à le soulager ou bien, avec l'accord de la famille, à le faire mourir ?

Toute transgression dans ce domaine engage la responsabilité du médecin, sur le plan pénal et disciplinaire.

À la dernière phase de l'existence humaine le médecin doit demeurer celui qui soigne. Accompagner signifie écouter, être compréhensif et secourable, prendre en charge les besoins somatiques et psychiques, maîtriser la douleur, apaiser l'angoisse, rompre la solitude. En d'autres termes, c'est aider le malade et sa famille à admettre et à supporter l'approche de la mort.

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