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Dernière modification effectuée
le 11/02/2010
Elaboration psychique du deuil

D'après Michel HANUS, le deuil nécessite toute une élaboration psychique qui comporte 4 éléments dominants qui seront retrouvés dans les deuils pathologiques.

Principe de réalité

Ce principe est le résultat de la confrontation entre la représentation de l’objet de notre affection et la réalité : l'objet aimé a disparu, mais nous continuons à nous en faire une représentation. Il s'agit d'un processus permanent d’adaptation à la vie.

Au cours du travail de deuil, il y a une disparition de l’objet extérieur mais la persistance d’une forte représentation interne. Le deuil consiste à se séparer progressivement de cette représentation.

On conçoit l'importance de la matérialité des faits, et le caractère tragique supplémentaire qui entoure le disparu en mer, le prisonnier de guerre qui ne revient pas. Ainsi, les autorités hongroises ont-elles délivré des certificats de décès et fait construire des tombes aux soldats disparus en Russie et jamais revenus (au risque de les voir revenir 30 ans plus tard !). La connaissance des circonstances du décès est également importante. Il est important de toucher ou de voir le cadavre.

Le phénomène de régression

Tout deuil renvoie à nos pertes antérieures (que ce soient des deuils réels ou des pertes par rapport à notre enfance). Il s'agit d'un retour à la façon dont nous les avons vécues, et aux problèmes rencontrés alors. Nous allons utiliser les mêmes mécanismes de défense : régression dans le comportement affectif, pleurs, cris, rage contre l’objet disparu, colère inexprimable vis à vis du défunt, fétichisme (laisser la pièce comme avant la mort).

Ces phénomènes de régression sont souvent encadrés par les rites : régression dans les rites automatiques de l’enfance : prières sur la tombe, foi du charbonnier, bougies protectrices. Que se passe-t-il dans une civilisation sans rite ?

On voit bien, que même pour les personnes qui n'ont aucune foi, il faut des rites vis à vis de la personne décédée et que les pompes funèbres remplacent maintenant l'Eglise refusée ou défaillante.

Intériorisation

L'objet extérieur étant disparu, ne restent que les représentation internes sous forme de rêveries déconnectées de la réalité, de conversations avec le disparu, avec des illusions fréquentes vis à vis de personnes ayant une ressemblance avec le défunt : on ‘le’ voit avant de dire ‘il lui ressemble'.

Le principe de réalité impose un désinvestissement. Pour chacune des facettes psychiques du disparu, se met en place une reconstruction de la mémoire pour séparer ce qui est définitivement disparu de ce qui peut réapparaître. On appelle cela un travail de dé-liaison : la représentation interne rejoint progressivement la réalité.

Le disparu trouve une nouvelle place grâce à l'idéalisation. On est son héritier : on l’invoque et on le fait parler à notre place.

Sentiment de culpabilité

Nous avons une ambivalence vis à vis du disparu entraînant une réaction d’agression vis à vis de celui qui nous a abandonné. Mais nous ne pouvons exprimer cette agressivité contre le mort, ni contre les autres (dont nous avons besoin) bien que parfois cela s'observe.

Cette agressivité s'exerce contre nous-même sous forme d'un sentiment de culpabilité : on se reproche de ne pas avoir assez aimé le disparu, d'être vivant, de laisser le disparu affronter seul l’inconnu de la mort.

On invente des moyens pour lutter contre cette culpabilité : hommage au mort (monuments, célébrations) et auto-punitions par l'interdiction du plaisir (ne pas regarder la télévision, ne pas écouter la musique, se couper du monde...).

Avec le temps, comme on l'a vu, ce sentiment de culpabilité diminue et s'intériorise.

Ces différents éléments de l'élaboration psychique du deuil expliquent certains deuils pathologiques.

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