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Dernière modification effectuée
le 11/02/2010
Les étapes du deuil

Un certain nombre d'étapes sont systématiquement rencontrées au cours du processus du deuil. Elles ne se déroulent pas obligatoirement selon un ordre logique rigoureux, parfois certaines étapes se mêlent ou réapparaissent.

L'annonce et le déni initial

L'annonce de la disparition d'un être cher aboutit souvent à un état de choc brutal, avec des réactions aiguës immédiates : ‘ce n’est pas possible’, 'ce n'est pas lui', 'que nous arrive-t-il ?'. Ces réactions sont d'autant plus vives que la mort est inattendue ou brutale.

Les modalités de l’annonce sont très importantes : le souvenir de cette annonce persistera douloureux très longtemps, et des mots malheureux prononcés par les soignants ou un membre du culte peuvent restés gravés dans la mémoire, entraînant des retours de douleurs.

A cette phase, il est capital que le sujet endeuillé soit confronté à la réalité de la mort. Toucher, voir le corps du mort (le cadavre n'est pas un mot élégant à ce stade !) est important pour les proches. C'est tout le drame des disparus.

On peut observer des réactions somatiques importantes : évanouissement, crises de tachycardie, hypotension, oppression, gêne respiratoire, cris, pleurs, faiblesse musculaire. Parfois, on observe le réveil de certaines pathologies chroniques : angine de poitrine, Recto-Colite Hémorragique, polyarthrite, ulcère.

Les réactions relationnelles peuvent être majeures : sidération, retrait de la vie courante, panique devant tout ce qu’il y a à faire. Parfois, l'endeuillé refuse de quitter le corps, il se frappe ou s'en prend violemment aux soignants. Mais, le plus souvent, il s'agit d'une phase très stéréotypée.

La réaction des soignants doit être calme : l'annonce doit si possible être programmée, dans une pièce calme : la famille doit pouvoir pleurer sans se donner en spectacle. Il faut répondre aux questions : la précision sur les circonstances du décès est importante pour la famille pour faire comprendre toute la réalité. Il n'y a pas lieu de cacher sa peine éventuelle et on peut accompagner la famille pour voir le corps, toucher et faire toucher le corps : tout ceci affirme la réalité de la mort.

La phase d'engourdissement

Elle fait suite à la phase aiguë précédente. L'endeuillé va souffrir d'une diminution de ses réactions affectives : l'abattement et la prostration sont fréquents. On observe des poussées aiguës de pleurs et de cris, des recherches désespérés de l’être aimé qu'on a l'impression d'entendre, de toucher. L'endeuillé a des rêves fréquents du disparu, il lui parle. Tout est centré sur le mort.

Cette phase pénible est la phase des rites. Ce sont les rites funéraires immédiats : toilette du mort, veillée funèbre. C'est l'office religieux (ou assimilé) de célébration du mort, la période des condoléances, du repas familial au cours duquel on évoque le mort. Autrefois, l'endeuillé revêtait des habits de deuil, programmait des visites au cimetière, faisait célébrer des messes auquel il assistait régulièrement : il existait ainsi un rôle social de l’endeuillé dont les rites étaient bien décrits. La disparition de ces rites, la négation de l'importance de leur rôle rendent cette période plus difficile de nos jours.

Du fait de cette situation sociale d'endeuillé, celui-ci sait que l'on reconnaît la réalité de sa perte, de sa souffrance et que la société accepte ses réactions en rapport avec cette souffrance. L'endeuillé renforce ses liens avec le mort, avec des périodes de réminiscences où l'on raconte les ‘histoires’ du mort, on échange des souvenirs. A ce moment, il existe aussi souvent un sentiment inconscient de culpabilité : 'pourquoi faut-il que ce soit moi qui reste ?'. On reconnaît les erreurs commises avant la mort et qui sont maintenant irréparables. Surviennent parfois des accès de colère contre le mort qui nous abandonne et nous laisse dans cet état.

La société est capitale pour partager cette période pénible. Il est important de participer à la prise en charge des rites : on note de plus en plus une grande méconnaissance du public sur leur importance. La préparation des cérémonies et la participation à celles-ci prouvent l'intérêt de la personne à l'endeuillé. Celui-ci aura à faire face à des démarches administratives nombreuses et à des activités pénibles (‘se débarrasser’ des affaires du mort, de la maison, etc..). Il est incapable de prendre de bonnes décisions pendant cette période : il faut donc, autant que faire se peut, protéger les personnes endeuillées contre elles-mêmes (jeter tout ou ne rien jeter) et les ‘filous’.

L'état dépressif

Dans la phase suivante, qui peut durer jusqu'à une année, on observe beaucoup de symptômes d'un état dépressif.

On observe une dépression de l’humeur, avec une douleur intérieure plus ou moins constante qui s'apitoie sur son sort, sentiment d'abandon et désir de solitude. Parfois, on observe un désintérêt pour soi-même (tenue négligée, troubles alimentaires), et un désintérêt pour le monde extérieur ('rien ne me dit'). Quelquefois, on peut observer des tendances suicidaires. Ce désintérêt peut entraîner une atteinte de l’état général, en rapport avec l'anorexie souvent rencontrée, l'asthénie physique et sexuelle, les troubles du sommeil.

Ainsi s'élabore petit à petit le travail du deuil. Il s'agit d'un travail de détachement progressif du mort : chaque souvenir doit être associé à la disparition du mort, et on constate de nombreuses petites étapes successives, chacune accompagnée d'une dépression et d’une douleur profonde. Cette souffrance continuelle est entrecoupée par la vie en société, mais le sujet endeuillé refuse le plus souvent de prendre part à la joie des autres.

Petit à petit, il constate un appauvrissement des sentiments vis à vis du mort : ses rêves se modifient, et il s'inquiète de cette indifférence progressive. L'absence de signes extérieurs de deuil rend cette période difficile pour les proches. Chaque deuil est particulier et les époux qui perdent un enfant ne vivent pas leur deuil de façon simultanée, ce qui peut provoquer des tensions entre eux s'ils ne peuvent plus se parler.

Pour le soignant, il faut noter que par rapport à la dépression, il n'y a pas ou peu de sentiment de dévalorisation. En général, les médicaments sont peu utiles : il faut veiller au sommeil, à l’appétit. En pratique, l'endeuillé pour 'guérir' doit passer par les différentes phases. Il faut donc se contenter d'une écoute attentive sans proposer de ‘solutions’ : par définition, on ne ‘connaît’ pas le deuil de l’autre, l’endeuillé ne veut pas être consolé, car il est inconsolable. Le bon effet cicatrisant du temps est intolérable à l’endeuillé. Il convient donc d'avoir une attitude empathique simple et réservée.

On se souviendra du caractère très irrégulier du processus : souvent l'endeuillé donne l'impression de ‘remettre sur le tapis’. Il faut le rassurer sur la fatigue physique, psychique : construire un deuil est un processus épuisant pour l’individu. La longueur du processus de cicatrisation est souvent méconnue : il faut donc rassurer l’endeuillé avec tact, rassurer l’entourage, notamment au travail.

Le retour à la vie normale

Progressivement, l'endeuillé retrouve le goût de vivre : le souvenir mélancolique remplace l’absence intolérable du défunt. Il devient possible de sourire, voire de critiquer le mort, même si reste le sentiment de culpabilité de vivre.

A ce stade, pour éliminer cette culpabilité, il est important de profiter des rites du retour à la vie normale : dates anniversaires, modification des habits de deuil, messe anniversaire.

Le retour à la vie normale est acceptée par la société (dans certaines civilisation d'Afrique, toute une cérémonie est organisée). Et l'endeuillé lui même accepte de retourner vers la vie normale.

Cependant, encore pendant un certain temps, persistera la fatigue du deuil et des retours à des épisodes de tristesse, pouvant réaliser une sorte de tango entre mélancolie et espoir. De toute façon, chaque personne humaine sort transformée après un deuil, même celui dont le travail a été complété tout à fait normalement.

Le rythme du deuil est en outre différent d'un individu à l'autre.

Enfin, l'accumulation des deuils rend plus difficile le travail déjà effectué et surtout le travail de deuil à faire.

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