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Dernière modification effectuée
le 11/02/2010
Les rites laïcs

Un certain nombre de nos compatriotes se définissent comme athées : l'athée est une 'personne qui ne croit pas en dieu', d'autres assortissent cette non-croyance d'un refus du phénomène religieux (tout au moins pour eux-mêmes), d'autres (les existencialistes) ajoutent que même si Dieu existait, cela ne changerait pas grand chose.

Rares sont les athées prosélytes voulant absolument convaincre les autres de la justesse de leur vue. La plupart des personnes non croyantes admettent parfaitement le phénomène religieux, mais elles souhaitent en rester éloignées et désirent que l'on respecte leur indépendance tout à fait légitime.

Pour la veille génération (en 2003), un certain nombre de ces athées ont, en outre, souvent, un fond de culture religieuse qui peut les aider, en le mêlant avec leur athéisme déclaré, dans l'élaboration profonde de leur deuil. De ce fait, la façon de tenir son rôle de mourant est plus ou moins connu du malade, qui sait plus ou moins 'comment se comporter' dans cette période critique. Il en est de même de la famille et des proches qui, même s'ils n'ont jamais vu la mort de près, devinent comment ils doivent se comporter.

Pour les plus jeunes générations (qui n'ont pas vécu la disparition progressive des rites chrétiens extérieurs - ou des rites musulmans du pays d'origine), ce fond culturel religieux subconscient n'existe plus. Ils ne savent plus du tout comment se comporter vis à vis d'un mourant, rendant le deuil d'un copain mais surtout d'un frère ou d'un conjoint (par exemple, après un accident) particulièrement difficile à élaborer.

La famille, les amis entourent le malade mourant, souvent très conscient de sa fin proche. Les 'affaires' sont le plus souvent bien réglées entre les survivants (héritage, partage, etc.). Lorsque la mort survient, c'est plutôt le caractère 'fin de souffrance' qui est mis en avant.

Puisqu'il n'y a pas de signification de l'au-delà, ces personnes sont parfois favorables à une forme d'euthanasie demandée, mais elles comprennent souvent bien la réticence des soignants.

Il est rare que les soignants soient dans l'embarras en rapport avec le côté 'laïc' d'un décès. Parfois, une famille absolument athée pourra exprimer un désespoir paraissant encore plus profond que pour les croyants. Mais l'expérience montre que, pour les mourants comme pour les croyants, la foi dans l'au-delà ne prémunit pas contre le désespoir et l'angoisse de la mort, et quelle que soit leur degré de croyance, tous les hommes sont assez égaux dans la mort.

En pratique, pour les soignants, ces malades ne posent pas de difficultés particulières. L'absence de référence à l'au-delà n'est pas équivalente à absence de besoins spirituels (cf. la feuille correspondante), et des discussions profondes peuvent avoir lieu sur la rectitude de la vie, ce qu'il faudrait faire, les difficultés du monde extérieur (notion très fréquente de 'saint laïc').

Le corps du décédé est entouré avec l'affection qu'on portait au vivant. Peut-être y-a-t-il plus fréquemment une tendance à vouloir se faire incinérer chez les personnes non croyantes ? La cérémonie funèbre est le plus souvent très sobre, mais il existe pratiquement toujours un rite : discours sur l'ami disparu, poème des enfants, minute de silence, dépôt de fleurs.

Une fois le corps laissé en terre ou brûlé, la famille, les amis se retrouvent souvent pour un repas de funérailles, un goûter de forme variée où la personne décédée est évoquée, mais où les vivants revivent loin du mort. Cette nécessité de se retrouver entre vivants après s'être 'débarassé' du mort se retrouve dans pratiquement tous les rites, religieux ou pas.

Ces retrouvailles sont le plus souvent assez joyeuses (sauf pour la disparition d'un être jeune) : une sorte de contre-coup vis à vis de l'émotion ressentie au cimetière ou au funérarium où même les plus proches du défunt retrouvent un rôle social par l'organisation qu'ils doivent mettre en place. Paradoxalement, si le rite funéraire laïc peut paraître pauvre par rapport aux cérémonies religieuses, la célébration en commun autour d'un repas (quelle qu'en soit la forme) constitue en lui-même un rite dont l'absence paraît encore plus redoutable pour les proches.

Comme pour les croyants, mais sous une autre forme, les 'dates anniversaires' sont l'occasion de souvenir et de cérémonie (un repas pour retrouver les amis ou les parents, une visite à l'équipe hospitalière). Les tombes des athées ne sont pas moins fleuries que celles des croyants. Ces rites paraissent déborder largement le caractère religieux.

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