BareCote
Lien RSS

Contact

Ce site respecte les principes de la charte HONcode
en collaboration avec la HAS
(loi 2004-810 du 13/8/2004)

Dernière modification effectuée
le 11/02/2010
Les rites chrétiens

Il suffit de visiter une cathédrale, de regarder le portail d'entrée et les sculptures du Jugement Dernier pour comprendre la signification chrétienne de la mort : celle où le croyant va être évalué, jaugé, jugé par son Dieu, et pardonné de ses fautes par la vertu du Salut apporté par le Christ rédempteur.

Mais l'être humain, symbolisé dans cette statuaire, n'est pas complètement rassuré. La vie n'a pas été faite que d'actes dont on peut se vanter et le croyant sait qu'il doit surtout compter sur la miséricorde de Dieu. Surtout, l'être humain est nu devant son créateur, être esseulé à travers lequel Dieu peut tout lire.

Les diverses confessions chrétiennes varient quelque peu sur la façon d'obtenir le salut. Les confessions protestantes s'orientent plus vers la prédestination. Les catholiques sont persuadés de la force du pardon de Dieu. Dans les deux cas, c'est le salut individuel qui est l'enjeu : la religion chrétienne est une religion de l'individu.

Les divers rites pré-morturaires de l'Eglise sont orientés vers le repentir pour permettre le passage. Le malade chrétien est invité à confesser ses fautes pour obtenir le pardon, puis à recevoir le sacrement des malades, sorte de thérapeutique de l'âme qui lui permet de mieux assimiler le sens de ses souffrances. Parce que le Christ a souffert de la mort sur la Croix, chaque chrétien peut participer par sa souffrance à la rédemption du monde (et à la sienne). La communion du malade renforce cette identification avec le Christ sauveur du monde. Le culte de la souffrance bénie a même fait, pendant un certain temps, refusé les antalgiques par des patients soucieux de se racheter.

Enfin, la Foi chrétienne nie la mort définitive puisque Christ a vaincu la mort et est ressuscité. Le chrétien participera un jour à cette Resurrection après avoir été jugé par le Créateur. La Pâque, le Passage inspiré de la traversée de la mer rouge par le peuple hébreu, renforce le caractère éternel de l'être humain.

Le mort n'est pas enterré à la va-vite : son corps 'de poussière' est honoré comme le temple du Saint-Esprit par l'encens et l'eau bénite. De nombreuses prières implorent le pardon de Dieu pour ce pécheur et l'accompagnent jusqu'au tombeau. Le 'Dies Irae', qui a inspiré tant de musiciens, célèbre à la fois la crainte devant le jugement et la certitude du pardon. La Toussaint, où l'on célèbre tous les morts de la famille, signifie bien l'union des vivants et morts dans la grande famille du Père.

On voit toute la puissance du rite chrétien pour transformer un événement inexplicable et faire de la mort un moyen de se rapprocher de l'Homme-Dieu, modèle de tous les croyants.

Il serait probablement faux de croire que la société d'il y a deux cents ans était plus croyante que la notre : la religion chrétienne imbibait toute la vie, depuis le baptême jusqu'à la mort. Certains individus 'profitaient' des rites plus que d'autres et vivaient une mort plus paisible en harmonie avec leur Foi ; d'autres, probablement, doutaient et mouraient dans l'angoisse.

De nos jours, on voit des gens simples ou intelligents jouir d'une Foi confiante, plus ou moins enracinée dans une réflexion profonde, et dont la fin de vie apaisée paraît exemplaire. D'autres, parfois érudits ou docteurs de la loi (comme des prêtres ou des religieuses), sont envahis par les doutes et les craintes, et souffrent du même apparent abandon que celui dont se plaignait le Crucifié. Beaucoup ont encore une croyance, plus ou moins affirmée, dans quelque chose après et acceptent les rites comme un moyen de se frayer un passage vers cette terre inconnue.

Le soignant, face à ce monde inconnu du religieux, qu'il soit incroyant ou croyant, se doit de respecter la personne humaine dans son cheminement ultime. Il peut susciter la venue d'un aumônier s'il a l'impression que la visite de celui-ci peut apaiser le patient, et comme on l'a vu, à propos des besoins spirituels, rassurer le mourant sur la valeur de sa vie. Parfois, il faut savoir attendre l'acceptation de la mort avant de laisser venir l'aumônier, tellement la révolte contre son destin habite encore le mourant. Parfois, ce moment ne se présente jamais.

Comme on le voit, la foi chrétienne donne un sens très fort à la mort : même si elle ne réussit pas toujours à convaincre le croyant, elle lui propose des rites puissants, très organisés, dans lesquels le mort, mais aussi sa famille, peuvent rentrer et protéger par l'imaginaire (ou la Foi, comme on le sent) un raisonnement cartésien défaillant.

Pour les soignants, en France, les rites chrétiens ne posent pas de difficultés particulières. La plupart des lois qui régissent les funérailles ont été inspirées par la religion chrétienne, et pour les plus récentes, tout au moins, aucune ne heurte la sensibilité chrétienne. On verra plus loin que certaines lois françaises sont en contradiction apparente avec la religion musulmane.

Compteur français