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Dernière modification effectuée
le 11/02/2010
La notion de rite

La mort peut être conçue comme une événement à la fois individuel et collectif qui fascine et angoisse chacun des individus qui composent notre société. Face à elle, il n'existe pas de raisonnement purement intellectuel capable d'expliquer pleinement sa signification : le phénomène biologique ne satisfait pas notre soif de comprendre. La raison est incapable de saisir toute la réalité et ne permet pas à l'être humain d'appréhender la signification de la mort. Pour saisir la réalité, l'être humain qui ne peut se servir de sa raison, va se servir de son imaginaire à travers le rite.

Depuis les égyptiens et même bien avant, de nombreuses 'croyances' ont cherché des explications à la mort et une sorte de prolongement dans l'au-delà dont personne n'est jamais revenu.

Dans notre société, la mort est éclipsée, car elle fait peur. Elle est présentée aux enfants sous des aspects anodins, quand elle n'est pas niée purement et simplement. Le grand-père est parti en voyage, la grand-mère s'est endormie et on ne peut plus la voir. Nombreux sont les adultes qui n'ont pas rencontré la mort d'un être proche.

Comme la réalité matérielle ne permet pas d'expliquer la mort, l'homme, la société des hommes ont créé des rites. Les croyances façonnent l'imaginaire et vont se servir des rites pour faire supporter la réalité et essayer de l'expliquer.

Toute notre vie est remplie par les rites : rite des repas, rite des bonnes manières, rites civils comme les monuments aux morts, rite de mariage pour officialiser une relation inter-personnelle, baptême ou bar-mitsa, visites de convenance chez une veuve, etc.

Le rite apaise notre angoisse vis à vis de ce qui est nouveau pour nous : dans la société d'autrefois, la veuve savait ce qu'il fallaitt faire au moment de la mort de son mari, comment s'habiller, comment habiller ses enfants, combien de temps se retirer du monde. Dans les sociétés dites 'primitives', les rites occupent une importance encore plus grande que dans nos sociétés. Mais, même dans nos sociétés 'évoluées', on voit bien qu'à l'occasion d'une maladie, d'une disparition, les rites réapparaissent, les familles et les amis se réunissent et répètent les gestes et les prières qu'ils ont appris de leurs parents.

L'utilisation du rite permet à l'individu malade de prendre possession de sa maladie et de jouer de nouveau un rôle social. Notre hôpital moderne cherche à l'isoler de la société, le patient souffre de sa dépendance, de sa mise à l'écart, de la perspective d'une mort inéluctable, dans son coin, dans un lieu qui abrite le reste de la société de cet échec que constitue la mort. Le rite rend au patient un rôle, lui permet de se préparer à son destin en revêtant les "habits portés par ses aïeux".

Le rite apporte une signification au vécu : la situation est trop nouvelle pour l'individu, il ne sait comment l'appréhender, la comprendre. Grâce à l'imaginaire véhiculé par le rite, la situation nouvelle inconnue et inquiétante prend un sens.

La représentation populaire de la vie après la mort (le paradis, l'enfer, le purgatoire où l'on purge ses péchés) n'a aucun sens chez le bien portant et ne lui apporte ni réconfort ni ligne de conduite. Elle devient complétement opérante chez le malade dont la vie est menacée : le malade fait siennes les croyances 'ancestrales' vers un avenir qu'il devine ou espère plus qu'il ne connaît. Il espère une reconnaissance de sa vie, de ses efforts, un oubli de ses erreurs. Rares sont les malades dont la Foi est suffisante pour étouffer l'inquiétude, mais les rites lui permettent de passer le cap.

Pour le soignant, même cartésien et incroyant, la connaissance des rites est indispensable pour être à la disposition de ses patients et leur rendre le meilleur service au moment où l'efficacité thérapeutique n'est plus au premier plan. Comprendre les rites qui habitent ses malades permet au soignant de l'accompagner, avec discrétion et pudeur, jusqu'au bout de la communication.

Dans la suite de ce chapitre, nous étudierons quelques uns des rites les plus fréquemment rencontrés dans notre pays. Celui-ci est imprégné par des siècles de christianisme, même si de nombreux concitoyens se déclarent athées. En Chine ou en Inde, par exemple, tout cet aspect culturel serait complétement différent. La présence de nouvelles cultures, issues de l'immigration et de l'intégration de nombreux nouveaux compatriotes, nous oblige, en tant que soignants, à essayer de comprendre les grandes lignes des rites des autres croyances qui permettent aux malades d'effectuer le "passage".

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