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Dernière modification effectuée
le 07/02/2010
Le dialogue singulier

Nous n'avons pas (ou rarement) un traitement idéal contre le cancer, et il nous faut donc une union des compétences pour

  • Le diagnostic des cancers (le plus rapide, le moins traumatisant et le plus efficace pour le malade),

  • Le traitement du cancer (chirurgie ? Radiothérapie ? Chimiothérapie ? Hormonothérapie ? Soins palliatifs ?)

  • La critique des résultats obtenus par chacune des équipes,

  • La mise en place d'associations thérapeutiques originales.

Les avantages de la pluridisciplinarité sont multiples :

Pour le malade

  • Certitude d'obtenir le meilleur traitement actuel sans querelles d'écoles ou de spécialistes,
  • Certitude d'avoir toujours la personne compétente si besoin,
  • Impression de confiance entre les membres de l'équipe : confiance du malade,
  • A condition de garder le dialogue singulier entre le malade et un médecin plus concerné, appelé ici médecin responsable, là médecin référent, qui constitue la garantie du suivi et de la responsabilité.

Pour le médecin

  • Aide efficace et attentionnée des autres spécialistes
  • Discussion des dossiers difficiles,
  • Lutte contre l'isolement,
  • Lutte contre le 'burn-out' par le partage des angoisses et des difficultés,
  • Eventuellement possibilité de prendre en charge à plusieurs un patient difficile.

Organisation de la pluridisciplinarité

  • La pluridisciplinarité doit s'organiser pour être réelle et efficace
  • Réunion hebdomadaire ou bimensuelle d'un 'staff', d'un 'comité', d'une 'unité de concertation', avec un horaire régulier, défini et accepté à l'avance par chacun, l'absence de pollution par le téléphone ou le bip,
  • Comprenant tous les spécialistes concernés par la maladie (cliniciens, imagistes, pathologistes, biologistes), ouvert au médecin généraliste et aux autres soignants de l'équipe (infirmier, manipulateur, psychologue, kinésithérapeute),
  • Discutant chaque dossier SANS EXCEPTION, avec une liste des dossiers à étudier en rapport avec les consultations de chaque membre du staff,
  • Disposant d'un secrétariat compétent permettant la collecte et la transmission de toutes les informations nécessaires pour une discussion efficace,
  • Discutant chaque étape du traitement ou de la rechute,
  • Proposant, si besoin, un second examen clinique par un confrère de spécialité différente, pour avoir un avis concerté de meilleure qualité (exemple notamment de l'examen gynécologique sous anesthésie générale, du toucher rectal pour la tumeur prostatique, de l'examen ORL sous anesthésie générale).
  • Révisant en commun le dossier unique et préparant les travaux de synthèse pour une publication commune des résultats.

A l'échelon régional,

cette pluridisciplinarité se décline sur le mode du réseau de soins, qui nécessite aussi des procédures d'échange et de dialogue bien définis, de contrôle réel de ce dialogue et de l'application des protocoles définis en commun.

Aspects déontologiques

Deux rappels simples du code de déontologie permettent de mieux comprendre la nécessité de la pluridisciplinarité :

Article 17 : Un médecin ne doit pas, sauf circonstances exceptionnelles entreprendre ou poursuivre des soins, ni formuler des prescriptions dans les domaines qui dépassent sa compétence et ses possibilités

Article 34 : Dès lors qu'il a accepté de répondre à une demande, le médecin s'engage à faire appel s'il y a lieu à l'aide de tiers compétents

La mise en place d'une pluridisciplinarité efficace ne va pas à l'encontre du dialogue singulier avec le malade, mais constitue une garantie de qualité.

Il n'est plus concevable au 21ème siècle de ne pas présenter régulièrement ses dossiers de cancérologie à une unité de concertation pluridisciplinaire. Ce serait s'exposer rapidement à des situations conflictuelles où le médecin isolé serait difficilement défendable. Le 'grand patron', seul 'maître devant Dieu', devrait avoir disparu avec le millénaire précédent !

Pluridisciplinarité et dialogue singulier

La pluridisciplinarité authentique ne se conçoit pas en dehors de la responsabilité personnelle d'un médecin référent, pleinement assumée à la fois vis à vis du malade et vis à vis de l'équipe.

Demander à une équipe de soignants de donner son avis sur le meilleur traitement paraît contradictoire avec le dialogue singulier entre le médecin et le malade. On a vu plus haut l'intérêt que le patient peut retirer de ce dialogue pluridisciplinaire.

Il convient, cependant, en toute clarté, de lui expliquer que son dossier va être discuté au sein d'une équipe pluridisciplinaire (de façon plus ou moins anonyme, mais par des professionnels tenus au même secret que le médecin référent). L'information du malade de cette discussion pluridisciplinaire est quasiment obligatoire dans le cadre du plan cancer.

De même, il convient de concevoir la proposition thérapeutique de l'unité de concertation pluridisciplinaire comme un conseil incitatif mais non comme une décision irréversible.

Le médecin peut considérer, en toute conscience, que le conseil est inapproprié pour de multiples raisons tout à fait acceptables : patient peu adhérent à la proposition thérapeutique, contre-indications d'ordre social ou même médical non prises en compte par le groupe, état général ou local du malade nécessitant une prise en compte que seul l'examen permet. Dans ce cas, le médecin doit justifier son non respect du protocole thérapeutique proposé, car le malade pourrait, en toute rigueur, considérer que le traitement qui lui a été appliqué n'était pas conforme 'aux règles de l'art'.

Il doit également informer le malade de la proposition thérapeutique pluridisciplinaire proposée et pourquoi il ne l'applique pas. Il doit également informer l'équipe pluridisciplinaire, pour permettre une amélioration du dialogue : proposition thérapeutique mal expliquée par l'équipe, proposition inadaptée à la situation habituelle des malades, situation clinique non prise en charge par le protocole, etc.. De ce dialogue confiant entre chaque référent et l'équipe, naîtra un protocole plus adapté à la situation clinique des patients, sans que cela aboutisse à un renoncement à la qualité.

Le malade peut refuser la proposition thérapeutique de l'unité de concertation pluridisciplinaire pour des raisons qui lui sont propres : le médecin devra noter clairement le refus du patient.

Une telle clarté dans la rédaction du dossier médical partagé est indispensable pour éviter des confusions et des méprises, voire des jugements hatifs plus ou moins étayés entre praticiens.