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Dernière modification effectuée
le 7 February 2010
Considérations générales

Il suffit de lire ce qu'écrivent James F HOLLAND et Emile FREI III, illustres cancérologues américains, ( in 'Cancer Medicine' , Williams and Wilkins 1998 ), pour comprendre l'importance de la pluridisciplinarité, et nous leur empruntons une bonne partie de ces considérations générales.

Interdépendance des soignants

Le malade cancéreux souhaite croire que toute l'équipe soignante (médecins, infirmières, scientifiques) travaille ensemble pour résoudre son problème. Ceux qui sont malades ne comprennent pas les batailles d'écoles, les fiertés professionnelles, les animosités personnelles ou les marottes de certains groupes.

Heureusement, les cancérologues de toute discipline et les autres médecins qui interagissent autour du patient sont des êtres humains et non des automates. L'énergie consacrée aux disputes et aux arguties est petite par rapport aux actions positives entreprises pour améliorer le traitement de chaque patient.

La pierre angulaire d'une pluridisciplinarité réussie est l'humilité. Aucun médecin n'est si expérimenté qu'il peut, à lui tout seul être pleinement compétent dans chaque spécialité. Posséder toutes les ressources intellectuelles pour effectuer seul tout le traitement d'un malade cancéreux est au-delà des capacités d'un mortel ordinaire. Personne ne peut être à la fois le meilleur radiologue, endoscopiste, pathologiste, chirurgien, radiothérapeute ou médecin, même après des années de soins aux cancéreux. Il nous faut donc accepter notre interdépendance.

La discussion pluridisciplinaire

Le plus important est de travailler avec des individus dignes de confiance et d'amitié. La plupart des échecs de la pluridisciplinarité surviennent plutôt en raison de conflits personnels qu'en raison de désaccords intellectuels. Dans la chaleur de la discussion, les préférences émotionnelles peuvent l'emporter sur une attitude basée sur le raisonnement scientifique commun.

Le recours à la littérature, l'étude rétrospective en commun des dossiers et la rédaction de protocoles, en dehors du contexte immédiat du malade, sont les meilleurs moyens pour proposer une attitude raisonnée commune, où le sort du malade ne se décide pas selon qu'il a franchi tel ou tel pas de porte.

Lorsque les données indiscutables de la littérature sont rares, les opinions personnelles sont nombreuses : une médecine éthique et scientifique doit aboutir à la proposition d'essais thérapeutiques et la participation à des groupes d'étude bien structurés.

La pratique de la pluridisciplinarité

La discussion pluridisciplinaire doit avoir lieu avant que toute action thérapeutique ait été entreprise. Un radiothérapeute ou un oncologue médical peut mieux traiter par la suite un malade, s'il a pu l'examiner avant que celui-ci n'ait subi son intervention chirurgicale, même si celle-ci constitue le premier temps thérapeutique indispensable. De même, si une radiothérapie ou une chimiothérapie précéde l'acte chirurgical, le chirurgien doit avoir examiné le patient avant tout traitement pour mieux juger de l'amélioration obtenue sous traitement.

En outre, en examinant à plusieurs les mêmes malades, avant tout traitement, chaque spécialiste apprend à parler le même langage que ses confrères, et à mieux comprendre les motivations intellectuelles et psychologiques des différents acteurs de soins avec lesquels il doit travailler. De plus, la surveillance conjointe des malades traités permet à chaque thérapeute de mieux appréhender les bénéfices obtenus à travers les autres thérapeutiques.

Il n'y a que peu de vérités absolues en cancérologie, et donc place pour beaucoup d'opinions diverses. Chaque discipline apporte ses possibilités.

L'analogie la plus appropriée paraît être celle d'un orchestre symphonique : chaque instrument joue sa partition en harmonie avec les autres instruments, il ne tient pas la même note que les autres instruments ou pire encore joue en cacophonie sans concertation ni direction. On peut pousser l'analogie en comparant le médecin responsable au chef d'orchestre qui dirige l'orchestre mais ne produit, en lui-même, aucun son. C'est toute l'équipe orchestrale qui enchante l'auditeur.

Formalisation de l'unité de concertation pluridisciplinaire

La composition d'une unité de concertation pluridisciplinaire a été formalisée par l'Institut National du Cancer (INCa).

On peut distinguer les UCP généralistes (traitant d'un certain nombre de localisations) et les UCP spécialisées dans une localisation, dont nous parlerons ci-après.

Le patient doit être informé que son dossier va être discuté en UCP et donner son autorisation.

Une UCP doit comporter :

    • un (ou plusieurs) chirurgien habitué à opérer les patients atteints de la localisation de référence,
    • un (ou plusieurs) radiothérapeute, spécialiste de l'irradiation de l'organe concerné,
    • un (ou plusieurs) oncologue médical ou spécialiste de l''organe atteint, compétent en cancérologie,
    • un anatomopathologiste,
    • un radiologue ou un spécialiste de l'image, expert en cancérologie,
    • un biologiste, expert en cancérologie,
    • le médecin traitant du malade.

Le rythme de réunion doit être adapté au nombre de dossiers à discuter : pas plus d'une dizaine de dossiers par heure, pour éviter un traitement superficiel de la question.

Chaque dossier doit faire l'objet d'une fiche récapitulative, explicitant la situation clinique du patient, le problème rencontré, la question posée aux confrères. Sur cette fiche sera notée la réponse de l'UCP. Un compte rendu de chaque discussion doit être adressé au médecin traitant.

Un logiciel, permettant la saisie des informations indispensables à la discussion, est très souhaitable. La possibilité d'être consulté à distance par les médecins habilités est également recommandée. Enfin, il doit permettre de faire des statistiques.

La discussion en UCP est le préliminaire à la définition d'un plan personnalisé de soins.

Le Réseau régional de Cancérologie

La meilleure compréhension des buts et de la pratique de la pluridisciplinarité et son intérêt évident pour les malades ont incité les autorités de tutelle à exiger des soignants d'une même région de coordonner leurs soins.

Quel que soit le mode d'exercice du médecin auquel le malade s'adresse, chaque malade doit maintenant bénéficier des mêmes chances de soins adaptés à son cas particulier et de la discussion préalable de son dossier entre spécialistes d'origine différente.

Cette exigence est formalisée par la création d'Unités de Concertation Pluridisciplinaire dans les principaux hôpitaux de la région et dans la coordination des différents hôpitaux entre soins de ville, soins de proximité, hôpitaux ou cliniques spécialisés dans le traitement du cancer, site régional de référence (et si besoin site national).

La constitution de protocoles de traitement régionaux, pour chaque type de cancers, selon les possibilités et les habitudes locales, est une des missions de ce réseau régional.

L'accréditation du réseau passera, pour chaque praticien, par la justification de sa pratique pluridisciplinaire de la cancérologie, la constitution de protocoles thérapeutiques et la justification par un dossier minimal commun de la réalisation du meilleur traitement pour chaque malade, enfin un rapport d'activité avec les résultats thérapeutiques obtenus.

Le plan cancer du Président de la République

En juillet 2003, le Président de la République a lancé officiellement un plan anti-cancer de grande envergure.

Parmi les points marquants de ce plan, on notera l'insistance sur la puridisciplinarité des décisions thérapeutiques, le travail en réseau et l'information du malade, l'importance de la consultation d'annonce, la nécessité d'une prise en charge globale du malade atteint de cancer.

Un second plan cancer, publié en novembre 2009, est venu compléter le dispositif initial.

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