Contexte historique
Le thalidomide est un médicament ancien, utilisé d'abord comme anxiolytique, et qui a montré très vite des effets tératogènes importants (enfants sans bras ou jambes, autres malformations). Ses propriétés tératogènes ont été expliquées par un effet très puissant la néo-vascularisation nécessaire lors du développement fétal (notamment en raison de son énantiomère S(-). L'idée d'appliquer ce traitement dans le traitement anti-angiogénique du cancer est apparue il y a une dizaine d'années.
Une des indications du thalidomide est l'érythème noueux lépreux (ENL : cf. article cité dans la référence par J.J. Morand, C. Badiane et P. Bobin), qui est une réaction immunologique correspondant à une vascularite à complexes immuns circulants survenant dans le cadre d’une lèpre lépromateuse, le plus souvent en cours de traitement. Les mécanismes précis sont encore mal connus ; le rôle du Tumor necrosis factor alpha (TNFα) est suspecté.
Une autre indication proposée est le traitement des aphtes très douloureuses de la bouche, de la gorge, du vagin, du rectum observées lors du Sida et pour le traitement de la cachéxie du Sida. Dans ces deux cas, on soupçonne le rôle très négatif du Tumor necrosis factor alpha : la thalidomide pourrait réduire ce taux sans le réduire complétement.
![]() |
| Structure de la thalidomide qui se présente selon ses deux enaniomères S(-) and R(+) qui se convertissent rapidement l'un dans l'autre physiologiquement. |
Indications
Actuellement, la seule indication validée en France, en cancérologie, est le traitement des myélomes multiples résistants à la chimiothérapie.
Administrée par voie buccale, la dose recommandée est de l'ordre de 200 mg/m2 . La réponse est parfois très intéressante permettant un arrêt de l'évolution.
Effets secondaires
Le thalidomide peut entraîner des neuropathies périphériques sévères, débutant par une une atteinte sensitive bilatérale et symétrique à début distal. On recommande la pratique d'examens électroneurophysiologique (amplitude des potentiels d'action sensitifs et des potentiels évoqués moteurs), et une surveillance précise au cours du traitement.
Du fait de l'effet tératogène majeur observé autrefois, le laboratoire pharmaceutique insiste très lourdement sur les précautions à prendre pour que les comprimés soient hors d'atteinte des femmes enceintes. A priori, les recommandations pour le malade lui-même sont peu importantes, dans la mesure où la chimiothérapie antérieure (en échec pour l'indication actuelle) les a probablement rendus stériles.
On peut observer également de la somnolence, des vertiges, des céphalées, voire des troubles de l'humeur.
Autres essais
D'autres molécules, plus ou moins dérivées du thalidomide, sont en cours d'expérimentation. Certains nouveaux produits seraient beaucoup plus actifs et mieux tolérés que la thalidomide elle-même, en cas de myélome.
Par ailleurs, d'autres tumeurs sont en cours d'études, notamment les cancers hormono-réfractaires de la prostate.

