Le Docetaxel (ou Taxotère™) est un alcaloïde dérivé des aiguilles d'ifs, de la famille des taxanes.

Le docetaxel stimule l'assemblage des dimères de tubuline en microtubules stables : il empêche ainsi leur dépolymérisation. Cette stabilité inhibe la réorganisation dynamique normale du réseau de microtubules, ce qui est indispensable au cours de l'interphase et de la mitose. Il diminue ainsi le pool de tubuline.

Le docetaxel induit la formation de faisceaux de microtubules pendant le cycle cellulaire.

 

La structure du docetaxel est très complexe, ce qui en a empêché la synthèse totale pendant de nombreuses années (extraction à partir des aiguilles d'ifs).

Les zones entourées par un cercle rose indiquent les différences entre le docétaxel et le paclitaxel.

Indications

Les indications actuelles :

Cancer du sein :

en première ligne chez les patientes présentant une maladie avancée ou en phase métastatique, en association avec la doxorubicine, mais aussi le cyclophosphamide, la capécitabine ou encore l'anticorps trastuzumab,

en seconde ligne après échec du traitement classique à base d'anthracycline.

Carcinome du poumon à petites cellules :

s'il existe une réelle indication après échec d'une première ligne ou en association avec le cisplatine en première ligne

Cancer de la prostate métastatique hormono-résistant,

en association avec des corticoïdes

Adénocarcinome de l'estomac

en association avec le 5-FU et le Cisplatine

Cancer des voies aéro-digestives supérieures

dans les formes avancées, en association avec le 5-FU et le Cisplatine

Il est probable que d'autres indications seront développées dans les années qui viennent. Du fait de l'absence apparente d'allergie croisée entre le paclitaxel et le docétaxel, il semble possible de remplacer le paclitaxel par le docétaxel en cas d'allergie (notamment pour le cancer de l'ovaire).

Il s'agit d'un traitement qui est administré par voie veineuse (danger majeur d'une extravasation).

La posologie habituelle est de 75 mg/m2 à 100 mg/m2 toutes les trois semaines.

Principales toxicités

Ne sont citées que les toxicités non générales (les toxicités générales sont décrites dans le chapitre toxicité de la chimiothérapie).

La toxicité limitante est la toxicité hématologique (essentiellement sur la lignée granuleuse), pouvant entraîner l'arrêt ou le report des cures de chimiothérapie.

On observe une alopécie dans 100% des patients. Le docétaxel est peu émétogène.

TOXICITE ALLERGIQUE

Des réactions d'hypersensibilité sévères (dyspnée, hypotension, angio-oedème, urticaire généralisé), sont observées probablement par libération d'histamine.

On prévient systématiquement cette réaction par une prémédication (corticoïde, antihistaminique). Mais cette prémédication est aussi utile pour la prévention de la rétention hydrique.

Toutes les réactions nécessitent un arrêt immédiat du traitement. Seules les réactions sévèvres nécessitent l'arrêt définitf du traitement.

TOXICITE ŒDEMATEUSE

Il s'agit d'une toxicité cumulative se manifestant par l'apparition d'œdèmes des membres inférieurs, des mains, de plus en plus sévères. On peut observer des épanchements pleuraux, péricardiques ou péritonéaux. On observe une prise de poids de 3 à 5 kg.

Cette toxicité survient très fréquemment (plus de la moitié des cas) à partir d'une dose cumulée de 400 à 500 mg/m2. On peut réduire cette fréquence ou augmenter la dose totale (jusqu'à 800 mg/m2) avec une prescription systématique de corticoïdes dans les jours entourant la chimiothérapie (en général, on prescrit de la déxaméthasone le jour avant, le jour même et le jour après l'injection de docétaxel).

Une fois constitué,cet œdème régresse très lentement.

TOXICITE NEUROLOGIQUE

Le plus souvent, il s'agit de paresthésies, de dysesthésies ou de sensations douloureuses à type de brûlure. Plus rarement, on note une faiblesse musculaire. On les observe surtout en cas de dose unitaire plus forte que 75 mg/m2. Ces effets ont été spontanément réversibles dans les 3 mois.

TOXICITE DERMATOLOGIQUE

Des réactions cutanées réversibles ont été observées sous forme de rash, d'éruptions localisées au niveau des pieds, des mains, du visage et du thorax, s'accompagnant de prurit. Ces réactions sont le plus souvent réversibles. Plus sévères, elles peuvent entraîner une desquamation majeure.

Les troubles au niveau des ongles sont caractérisés par une hypo ou une hyperpigmentation des ongles, souvent des douleurs localisées, puis une disparition de l'ongle ou onycholyse. Ces troubles mettent longtemps à régresser et sont particulièrement inesthétiques et invalidantes dans la vie quotidienne chez les femmes atteintes.

Des tentatives de prévention de cette toxicité sont en cours d'évaluation en mettant les doigts dans la glace pendant la perfusion (une anaologie avec le casque réfrigérant pour prévenir l'alopécie). L'efficacité semble intéressante.

On a décrit également de rares cas d'éruption bulleuse tel qu'un érythème polymorphe ou un syndrome de Stevens-Johnson.

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