Description

Le syndrome main-pied est un effet secondaire de certaines chimiothérapies ou de traitements ciblés. Si les médicaments le plus souvent concernés sont : le 5-FU (5-Fluorouracile), UFT™ (association de Tegafur et d’uracile) et laCapécitabine, on peut observer un tel syndrome avec de nombreuses autres chimiothérapies (anthracyclines, adriamycine, épirubicine, taxanes, cytarabine…).

Pour les traitements ciblés, ce sont surtout les malades qui reçoivent du sunitinib ou du sorafénib qui risquent de développer un syndrome main-pied.

Aspects typiques d'un syndrome main-pied assez sévère
entraîné par un traitement par le 5-Fluoro-Uracile

Il se manifeste par une atteinte de la peau (rougeurs, gonflement, sécheresse, ampoules, crevasses, hypersensibilité, fourmillements, douleurs…) au niveau de la paume des mains et de la plante des pieds. Les anomalies apparaissent dans les jours, semaines ou mois suivant le début des traitements anticancéreux et disparaissent progressivement, mais toujours, après la fin de ces traitements.
L’ampleur du syndrome main-pied dépend de chaque patient mais aussi de la posologie du traitement de chimiothérapie. Si cet effet secondaire est trop invalidant, le médecin pourra donc être amené à modifier les doses de médicaments ou à espacer les cures de chimiothérapie. Dès l’apparition des premiers signes, afin d’éviter l’aggravation des symptômes, parlez- en à l’équipe soignante qui vous conseillera sur les moyens de le soulager.

Plusieurs grades ont été décrits :

Grade 1 :

Erythème modéré, gonflement ou desquamation n’interférant pas avec la vie quotidienne

Grade 2 :

érythème, desquamation ou gonflement interférant avec, mais sans empêcher totalement les activités physiques normales : petites ampoules ou ulcérations de moins de 2 cm de diamètre

Grade 3 :

ampoule, ulcération ou gonflement interférant avec la marche ou les activités quotidiennes normales. Le patient ne peut pas porter des vêtements habituels.

Grade 4 :

processus diffus ou local entraînant des complications infectieuses ou un alitement ou une hospitalisation.

Iconographie du Centre François Baclesse
(Dr Sixtine de Raucourt)

Perte des empreintes digitales

Il a été décrit, suite à ces manifestations cutanées, la disparition des empreintes digitales chez quelques patients traités notamment par la Capicétabine. Cette perte des empreintes est très préjudiciable aux patients, lorsqu'ils sont soumis à un contrôle d'identité (pour prendre l'avion, par exemple ou avec les nouveaux téléphones ou ordinateurs permettant l'accès grâce aux empreintes digitales. Cette perte des empreintes digitales ou adermatoglyphie est plus ou moins réversibles. Il faut donc prévenir les patients de cette complication secondaire très gênante dans la vie courante.

Images empruntées à la publication de P.R. Cohen

Mesures de prévention

Soins de pédicure pour ôter en douceur les callosités, qui pourraient devenir des zones critiques de développement des symptômes.

Soins de manucure (mêmes raisons)

Hydratation abondante de la peau des mains et des pieds par des crèmes hydratantes

Pendant le traitement (chimiothérapie - thérapie ciblée)

Utilisation d'un savon très gras pour nettoyer la peau des mains, avec une mousse abondante. Rincer abondamment. Sécher avec délicatesse.

Appliquer une crème hydratante (pour peaux très sèches) pour tout le corps, mais surtout les mains et les pieds, ne pas hésiter sur la quantité de crème hydratante.

Appliquer du froid (se méfier dla chaleur (eau chaude, soleil).

Limiter les frottements (sèchage, vêtements larges, chaussures larges)

Limiter les pressions sur la peau (alliance, bagues, marche pieds nus, tâches ménagères violentes).

En cas d'atteinte trop importante

Il arrive que l'on doive arrêter le traitement (au moins temporairement) ou réduire la posologie pour permettre la guérison des syndromes mains-pieds trop importants.

Comme cette mesure est évidemment préjudiciable au bon traitement du cancer, c'est dire toute l'importance des mesures de prévention.

Physiopathologie de ce syndrome mains-pieds

G. Milano et coll ont montré, par l'étude de micro-biopsies de peau chez des volontaires sains, que la peau de la paume des mains et de la plante des pieds était sensiblement différente de la peau d'autres régions du corps.

Outre une prolifération cellulaire plus importante que sur les autres parties du corps, on note la présence en grandes quantités dans les cellules cutanées plantaires et palmaires, de thymidylate phosphorylase, qui est une des cibles de ces médicaments.

Bibliographie

G. Milano et coll
Candidate mechanisms for capecitabine-related hand-foot syndrome.<
Br J Clin Pharmacol. 2008 Jul;66(1):88-95

P.R. Cohen,
Capecitabine-Associated Loss of Fingerprints: Report of Capecitabine-Induced Adermatoglyphia in Two Women with Breast Cancer and Review of Acquired Dermatoglyphic Absence in Oncology Patients Treated with Capecitabine.
Cureus.2017 Jan 9;9(1):e969.

Son H.S. et coll
Compliance and effective management of the hand-foot syndrome in colon cancer patients receiving capecitabine as adjuvant chemotherapy.
Yonsei Med J.
2009 Dec 31;50(6):796-802. (très belles illustrations)

Coming to Grips With Hand-Foot Syndrome
W. Scheithauer et coll
J of Oncology, Cancer NetWork, 2004, 18, 9

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