Etude européenne

L'expérience du ERSPC

Il s'agit d'une étude transnationale (appelée ERSPC : European Research for Screening of Prostate Cancer) ayant impliqué 182.000 de 50 à 74 ans, avec des conditions de participations un peu variables d'un pays à l'autre : Pays-Bas, Suède, Finlande, Italie, Belgique, Espagne, France, Portugal et Suisse.

Elle est parue dans le New England Journal of Medicine de mars 2009 sous la signature de Fritz H. Schröder, et de nombreux collaborateurs.

De 1993 à 2001, 76.693 hommes ont été enrolés dans 10 centres de soins américains pour bénéficier soit d'un dépistage annuel du cancer (38.343 sujets) soit de soins habituels(38.350 hommes).

Le dépistage prodigué - Les groupes

Le dépistage consistait en la proposition d'un dépistage par PSA pour la moitié des sujets ayant donné leur consentement. L'intervalle des dosages était variable entre les différents pays (4 ans pour la plupart des pays, 2 ans pour la Suède et 7 ans pour la Belgique en raison d'un problème de financement.

Autres pages sur le sujet

Le taux de PSA déclenchant des examens complémentaires a été établi à 3 ng/ml. En général, des biopsies transrectales (6 biopsies) ont été réalisées dans tous les pays.

Le schéma suivant indique les modalités de réalisation :

Dans le groupe dépisté, 82% des sujets ont eu au moins un dosage de PSA. La moyenne de dosages par personne dépistée est de 2.1.

Le résultat du dépistage

Environ 20.437 (16%) de ces dosages étaient positifs, aboutissant à une biopsie de la prostate pour 17.543 personnes (85%). 76% de ces biopsies ont montré que le PSA n'était pas en rapport avec un cancer (faux positifs).

5.990 cancers ont été découverts dans le groupe dépisté et seulement 4.307 découverts dans le groupe témoin, soit une incidence cumulée de 8.2% et 4.8% respectivement.

La proportion des stades 'bénins' (Gleason inférieur ou égal à 6) était de 72% dans le groupe testé et 55% dans le groupe témoin. Inversement, la propotion de score 7 était de 28% dans le groupe dépisté et 45% dans le groupe témoin.

Le nombre de décès dans le groupe dépisté a été de 2261 alors qu'il est de 363 dans le groupe non dépisté. Ceci correspond à une diminution de mortalité d'environ 30%

La différence entre les deux groupes augmente au fil du temps, comme le montre le schéma suivant :

Schéma (simplifié) montrant l'évolution de la mortalité par cancer de la prostate dans l'étude européenne sur le dépistage : en rouge, la population non dépistée ; en vert, la population dépistée. La séparation des deux courbes ne s'observe qu'au bout de 7-8 ans de surveillance.

Surtraitement ?

Une question posée par cette étude est la possibilité de surtraitement.

Les auteurs calculent le nombre de sujets dépistés, le nombre de sujets traités pour arriver à 'sauver' une vie. Il faut dépister 1.410 sujets, avec environ deux dosages en 9 ans, pour qu'une mort soit évitée. On traite 48 hommes de plus pour qu'une mort soit évitée.

Ces chiffres sont comparables à ce qu'on observe pour démontrer la validité du dépistage du cancer du sein ou du colon.

On pourra remarquer qu'il existe, dans la population dépistée, une proportion plus importante de petits cancers qui n'auraient peut-être pas fait parler d'eux pendant la vie du sujet.

Conclusions de cette étude

Cette étude montre l'efficacité du PSA, pratiqué tous les 4 ans, pour dépister un certain nombre de cancers de la prostate.

Se pose, comme nous l'avons vu dans une autre page, le problème de bien prendre en charge les cancers de faible évolutivité (cf. page sur les cancers de la prostate peu évolutifs). Là réside peut-être le piège du dépistage du cancer de la prostate.

Une bonne organisation du dépistage, la constitution de réunions pluridisciplinaires permettant de pondérer les avis personnels des différents thérapeutes, la discussion franche avec le patient devraient permettre d'éviter un sur-traitement.

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