| Ch 2 |
Page 8 / 15 |
|
Prévention
des cancers |
Politique de prévention |
|
|
|
Pourquoi mettre en place une politique
de prévention ?
Pour la plupart des cancers provoqués (notamment ceux dus au tabac ou à l'alcool)
que nous avons cités lors des pages précédentes, on peut dire que les thérapeutiques proposées
sont très mauvaises
-
ou bien la maladie est très localisée mais exige une mutilation
plus ou moins importante pour sauver le malade (pneumonectomie pour cancer
du poumon dans moins de 10% des cas, laryngectomie totale curatrice dans
environ la moitié des cas provoquant un isolement social souvent majeur,
œsophagectomie curatrice dans moins de 10% des cas, cystectomie totale
avec très souvent une dérivation externe dans moins de la moitié des cas),
-
ou bien la maladie est dépassée : on utilise des moyens palliatifs
pour essayer de gagner un peu de temps (radiothérapie à visée palliative,
chimiothérapie apportant quelques réponses de durée brève, thérapeutiques
sédatives).
Le plus souvent, le diagnostic est tardif.
Les cancers dus au tabac et à l'alcool représentent près de la moitié des
causes d'hospitalisation au Centre François Baclesse : cancers du poumon, cancers
de la sphère ORL, cancers de lsophage, de la vessie sont
plus ou moins tous dus au tabac.
On connaît les méfaits de ces deux toxiques sur le système cardio-vasculaire,
le foie, l'estomac et les nerfs.
Contrairement à ce qui est souvent affirmé, la
cessation du tabagisme ou de l'alcoolisme entraîne une diminution rapide des risques
aussi bien pour le cancer que pour les autres maladies qui sont reliées.
Le diagramme suivant montre la modification
du risque de cancer en rapport avec la cessation du tabagisme.
 |
|
Effet de la cessation du tabagisme
sur la diminution du risque relatif de cancer du poumon (daprès
une étude réalisée sur les médecins anglais volontaires).
|
Il est donc facile de mettre en place une politique de prévention, à condition
de s'en donner les moyens et de le vouloir.
La suite de l'exposé est surtout centré
sur le tabagisme, car il constitue la cause majeure des cancers.
Le tabagisme en France
- Le tabagisme est une réalité
sociale importante. La consommation tabagique de notre pays et
des autres pays industrialisés ou non peut être étudiée statistiquement, ce
qui permet de voir l'effet de la réclame des industries du tabac et l'impact
des campagnes de prévention. Les
enjeux économiques sont considérables : ils sont bien décrits
dans deux sites spécialisés pour défendre les intérêts
de l'industrie du tabac : le CDIT
et la SEITA
et expliquent les difficultés de lutte contre le tabagisme.
- La sociologie
du tabagisme, bien décrite dans le site évolue, comme le soulignait
la conférence de consensus tenue en octobre 1998, dont on peut trouver l'ensemble
des conclusions et les schémas originaux sur le site Tabac-Net.
- Le tabagisme est un
problème de santé comme les autres,
qui concerne le médecin, avec des antécédents personnels (début, quantité,
tentatives d'arrêt), familiaux et sociaux (tabagisme de l'entourage), des
signes cliniques (recherche des signes ORL, pulmonaires et cardio-vasculaire),
une dépendance physique et psychique, une relation émotionnelle et des conceptions
propres à chaque personne vis à vis de son tabagisme. Le site suisse :
Stop-Tabac est particulièrement attractif pour bien comprendre
le problème de santé posé par le tabagisme.
- Le médecin étant un scientifique
dispose de suffisamment de preuves épidémiologiques et expérimentales des
méfaits du tabac (cf. les études
de Doll et Peto). L'intérêt à long terme pour son patient est donc
l'arrêt du tabagisme. Comme l'éthique médicale l'exige, il doit faire abstraction
de sa philosophie personnelle, de ses angoisses et de sa relation émotionnelle
propre avec le tabac pour se comporter en professionnel de soins.
- Il existe des preuves scientifiques indiscutables de
l'intérêt
de la cessation du tabagisme (études de Doll et Peto). Ne pas
regarder cette vérité en face n'est ni scientifique ni éthique. Évidemment,
un médecin ne peut prescrire la cessation du tabagisme, la cigarette au bec
: par leur conduite, les médecins fumeurs sont un contre exemple évident vis
à vis des jeunes et de leurs malades au psychisme fragile.
- Malgré les progrès techniques modernes, les nouvelles
chimiothérapies, la
grande majorité des cancers du tabac tuent leur porteur. On
porte pratiquement le diagnostic de cancer du poumon ou de l'œsophage à un
stade avancé au-delà de toute ressource thérapeutique réelle (cf. les données
issues du site Tabac-Net
) ou du suivi épidémiologique
américain SEER. Seule la prévention présente une efficacité.
- Le
tabagisme est une drogue, avec sa dépendance physique et psychique.
L'idée de pouvoir arrêter sans éprouver de grandes difficultés est une erreur.
L'adolescent devient fumeur après des expériences multiples et répétées. Le
rôle social du tabac est énorme.
- La réclame pour le tabagisme lie l'usage de la cigarette
au succès dans le travail, au pouvoir séducteur vis à vis des autres, à la
notion d'équipe. Dans une période de chômage et de solitudes, la cigarette
constitue une armure. Toutes ces raisons militent pour un tabagisme féminin
accru.
Lutter contre la publicité tabagique fait partie de la prévention.
Il n'y a pas de formule toute faite pour la cessation du tabagisme des
malades, mais une contre formule très efficace est le tabagisme des médecins
et des soignants.