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Dernière modification effectuée
le 31 December 2016
Le rôle du tabac

L'étude de l'incidence des cancers permet de définir les principales causes de certains cancers, d'autant que la biologie permet de confirmer cette étiologie (cf. cours de cancérologie fondamentale sur les modifications induites par les amines du tabac au niveau de certains gènes).

Le rôle du tabac dans le déterminisme de ces cancers est démontré :

    • par les études épidémiologiques,

    • par l'étude de la composition de la fumée,

    • par la mise en évidence de lésions des gènes des cellules tumorales ou non chez les fumeurs,

    • par les connaissances que nous commençons à obtenir sur le métabolisme des amines tabagiques.

Autres pages sur le rôle du tabac

Les données épidémiologiques

Le tabac est la cause de cancer la plus importante à l’heure actuelle. 

Un lien a été établi, de façon indiscutable, à la fois par l'épidémiologie et par la biologie, avec les cancers suivants :

  • poumons,
  • larynx,
  • cavité buccale,
  • pharynx,
  • oesophage,
  • vessie,
  • pancréas.

Ces cancers sont rares chez les non fumeurs.

Un nombre accru des tumeurs suivantes est également observé chez les fumeurs :

  • sein (tabagisme actif et passif)
  • pancréas,
  • rein,
  • col utérin,
  • rhino-pharynx,
  • estomac,
  • leucémie.

Ces cancers sont moins fréquents chez les non fumeurs que chez les fumeurs.

Pour ceux qui ne sont pas convaincus du rôle du tabac, le site tabac-stop.net montre des photos particulièrement saisissantes des ravages du tabagisme.

Le tabac, en particulier la cigarette, est responsable d’environ 40% des morts par cancer dans notre pays. Pour les fumeurs de plus de 20 cigarettes par jour, le risque de cancers du poumon est multiplié par 20.

Relation entre le tabagisme et le cancer du poumon
D'après l'article de R. DOLL et A.B. HILL en 1950

Les études de Doll et Peto

De nombreuses études ont été réalisées par R. Doll et R. Peto sur la consommation tabagique des médecins anglais et ceci depuis 1951. Une actualisation de leurs résultats a été faite en 2004 dans le British Medical Journal, qui a été reprise dans une page sur la prévention.

Les conclusions de ces auteurs sont particulièrement intéressantes et effrayantes :

Environ la moitié des fumeurs qui continuent à fumer vont mourir de leur intoxication tabagique,

Environ le quart des fumeurs qui continuent à fumer vont mourir avant 70 ans.

Le plein effet du tabagisme sur la mortalité nécessite jusqu'à 50 ans d'observation pour être pleinement compris.

Les hommes nés dans les premières décades du 20ème siècle (les britanniques, mais probablement les français aussi) constituent la première population où l'effet toxique du tabac a pu s'exprimer de façon prolongée.

Seuls les non-fumeurs ont bénéficié des progrès de la médecine avec une augmentation rapide de la durée de vie : les fumeurs meurent en moyenne 10 ans avant les non-fumeurs.

Arrêter de fumer entre 30 et 40 ans réduit cette surmortalité pratiquement totalement.

La composition de la fumée du tabac

Plus de 4.000 produits chimiques sont retrouvés au niveau de la fumée du tabac. Ils peuvent s'observer :

  • Soit dans la phase volatile,

  • Soit dans la phase solide en suspension.

La majorité des produits carcinogènes se situent dans la phase solide. 43 carcinogènes ont été parfaitement identifiés.  Parmi ceux-ci, on peut citer :

  • Les hydrocarbures aromatiques polycycliques,

  • Les nitrosamines,

  • Les hydrocarbures hétérocycliques,

  • Le benzène,

  • Le polonium - 210 radioactif.

Les nitrosamines sont parmi les plus toxiques : on les retrouve non seulement dans la fumée inhalée par le fumeur, mais également dans la fumée externe produite par la combustion de la cigarette, éventuellement en concentration plus forte que dans la fumée inhalée (rôle dans le tabagisme passif).

La nicotine est l’agent pharmacologique de la dépendance et un des nitrosamines majeurs du tabac. Elle est présente dans la fumée inhalée et dans la fumée de combustion. Elle est rapidement absorbée par les épithéliums bronchiques et les alvéoles, mais également par la muqueuse buccale. Une fois absorbée, elle est transportée vers des sites spécifiques du cerveau où elle exercerait son action de dépendance. Elle est métabolisée au niveau du foie sous forme de cotinine.

Les marqueurs de la toxicité génétique

La fumée de cigarette contient des produits à la fois initiateurs et promoteurs de tumeurs.

Les initiateurs de tumeurs sont des mutagènes qui se lient de façon covalente avec l'ADN cellulaire : leur effet est irréversible. Les promoteurs stimulent une prolifération excessive des cellules initiées.

La plupart des études expérimentales chez l’animal ont été faites avec les goudrons des fumées de cigarette ou des fractions de la partie solide de la fumée. On peut ainsi démontrer un excès de tumeurs bronchiques et d’autres tumeurs. Les plus puissants carcinogènes sont les nitrosamines.

On peut mettre en évidence une activité de mutagenèse dans les urines des fumeurs. Chez ceux-ci, on objective aussi des modifications de l'ADN des cellules lymphoïdes périphériques, sous forme d’échanges chromatiniens, de micro-noyaux ou de la présence d’adduits. Ceux-ci intéressent surtout le groupement méthyle 7 du radical guanine et l’oxygène 6 de la méthyl-deoxy-guanosine. On détecte aussi un adduit commun avec l'ADN et l’hémoglobine, spécifique de la nicotine.

Variation génétique de susceptibilité

Il existe des ‘familles’ de cancers du poumon, pour lesquelles la survenue du cancer du poumon paraît plus précoce en comparaison avec la plupart des autres malades à tabagisme équivalent.

Les xénobiotiques sont métabolisés par plusieurs systèmes enzymatiques dépendant des microsomes. On décrit ainsi  des personnes ayant un métabolisme très rapide pour certains xénobiotiques par le cytochrome P 450, sous la dépendance d’un gène CYP2D6. Ces personnes auraient un risque accru de cancers. Cependant, à l’inverse, on ne connaît pas de gènes protecteurs vis à vis du tabac.

Le tabagisme passif

Un certain nombre d'études épidémiologiques ont fait soupçonner la nocivité du tabagisme passif. D'autres récentes n'ont pas permis de démontrer cette nocivité ou bien mettent en évidence un risque minime. Souvent ces études négatives sont des études cas témoins sur des non-fumeurs atteints de cancer du poumon (quelle qu'en soit l'histologie) et portent sur un nombre limité de cas.

Ce qui est certain, c'est qu'on trouve des produits mutagènes issus du tabac dans les urines des conjoints (non fumeurs) de gros fumeurs. C'est ce que nous avions retrouvé au Centre François Baclesse, de façon inattendue lorsque nous étudions la toxicité de la préparation des chimiothérapies sur les infirmières des services de cancérologie : les urines étaient plus mutagènes les jours de congé que les jours de préparation de chimiothérapie, en raison du tabagisme du conjoint ou de l'infirmière (Ceci bien sûr, quelques années avant l'installation d'une préparation centralisée des chimiothérapies).

Le tabac contient des amines mutagènes génotoxiques : une seule mutation peut être responsable d'une dégénérescence ultérieure.

Le principe de précaution est donc de protéger les non fumeurs et notamment les enfants. Cette attitude est de mieux en mieux comprise par tous, même les fumeurs. Après avoir obtenu l'interdiction de fumer dans les pubs irlandais puis dans les restaurants italiens, la France a suivi l'exemple interdiasant l'usage du tabc dans les avions, dans les trains, les restaurants, les lieux publics, et même l'Université ! Même les fumeurs trouvent cela normal.

Faut-il aller jusqu'à l'exclusion complète des fumeurs comme dans tous les lieux publics, même bien aérés, comme aux États Unis ? En fait, dans ce pays, cela fait partie d'une habitude de communauté de vie et de volonté délibérée de respecter l'autre. Il s'agit là d'un civisme bien compris qui devrait inspirer nos législateurs.

On pourrait en rapprocher la pollution sonore (source de surmenage psychique important) dont souffrent nombre de nos concitoyens par l'indélicatesse de quelques individus (une moto bruyante pouvant réveiller toute une rue de Paris ou d'ailleurs !).

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