Certains arguments épidémiologiques sont en faveur d'un rôle de prévention chimique de l'aspirine et des autres anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) dans le développement des cancers coliques.

La première présentation sur le sujet vint d'une étude plus générale, datant de 1988, sur le rôle des différents médicaments sur la survenue du cancer colo-rectal.A la surprise des auteurs, il existait un effet protecteur de l'aspirine. D'autres études ont montré un rôle non négligeable des autres anti-inflammatoires non stéroïdiens, avec une réduction du risque d'adénomes colique et recto-coliques de l'ordre de 20% à 40%

La preuve la plus tangible de cette action vient d'un certain nombre d'études randomisées, initiées malgré les difficultés techniques et financières de mener une prévention de longue durée sur un grand nombre de sujets (compte tenu de la relative rareté du cancer colique - même s'il s'agit du cancer le plus fréquent les deux sexes réunis). Cependant, pour certaines études, le suivi est de très longue durée.

En particulier, l'étude en méta-analyse publiée par Rothwell et coll est particulièrement intéressante : le but de la prescription de petites doses d'aspirine était la prévention des accidents cardio-vasculaires. Et une découverte a été la réduction du risque de survenue et de décès par cancer colique, allant pour certaines études jusqu'à une réduction de 50%. La dose d'aspirine utilisée varie d'un essai à l'autres : de 80 mg par jour jusqu'à 1200 mg. Cependant, il semble que la dose minimale soit suffisante. Ce qui paraît plus indicateur de l'effet observé est la longueur de la prescription. A noter, cependant, qu'il n'y a pas d'études probantes définissant la meilleure dose et la meilleure durée de traitement.

Pour les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (différents de l'aspirine), il s'agit plutôt d'observations que d'études randomisées. Des études randomisées ont été faites avec des inhibiteurs spécifiques de COX-2 (cyclo-oxygénase de type II), notamment le celecoxib avec une réduction du risque d'adénomes (et donc de cancers coliques) d'environ 45%. Mais ce médicament a été retiré du commerce dans cette indication, notamment en raison de l'association de troubles cardio-vasculaires ainsi que de saignements en rapport avec des ulcères.

En pratique, la généralisation de cette prévention par des petites doses d'aspirine est limitée par le risque de complications hémorragiques possibles. Cependant, on pourrait probablement tester la réduction du risque d'adénome pour des sujets ayant un risque particulier (polypose colique, familles avec de nombreux cancers coliques). Malheureusement, aucune étude randomisée n'a confirmé l'efficacité de l'aspirine, le Sulindac ou le célécoxib comme moyen de prévention efficace au développement des adénomes en cas de polypose familiale, ni comme moyen de prévention de la dégénérescence de ces polypes en cancer. Le seul traitement préventif chez ces patients, reste la colectomie totale.

BIBLIOGRAPHIE

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Colorectal cancer chemoprevention: is this the future of colorectal cancer prevention?
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Long-term effect of aspirin on colorectal cancer incidence and mortality: 20-year follow-up of five randomised trials.
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