En 1988, le département américain de la Santé (rapport du Surgeon General) a défini l'usage du tabac comme une addiction dépendante de la nicotine. Les processus de cette dépendance sont identiques à ceux observés pour une drogue habituelle, comme la cocaïne ou l'héroïne.

La conférence de consensus de 1998 précise cette dépendance à la drogue tabac.

"Le tabagisme peut être défini comme un comportement renforcé par une dépendance pharmacologique dont la nicotine est responsable. Si l'entrée dans le tabagisme est la conséquence de pressions sociologiques et culturelles, sa persistance est favorisée par le développement d'une double dépendance "

  • pharmacologique : la dépendance au tabac est authentifiée par l'apparition d'une tolérance et des symptômes de sevrage ;
  • non pharmacologique : le fumeur continue de fumer malgré le risque reconnu de sa pratique et une pression sociale et environnementale négative.

Ces deux dépendances peuvent ou non coexister chez un même sujet, voire être absentes chez certains.

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Le plaisir de fumer est lié à la dépendance nicotinique : quelques dizaines de minutes après avoir fumé, la concentration de nicotine dans le sang a déjà beaucoup diminué, et des troubles causés par le manque de nicotine apparaissent, comme le besoin urgent de fumer, l'anxiété, l'irritabilité, l'impatience, etc. 

Ces troubles disparaissent dès que l'on fume, ce qui explique le sentiment de plaisir et de soulagement que l'on éprouve à fumer. 

Les non-fumeurs n'éprouvent, en général, aucun plaisir à fumer. 

Chez les ex-fumeurs, le cycle nicotine - manque - plaisir est interrompu. 

Enfin, les troubles causés par le manque de nicotine sont atténués par l'usage de substituts nicotiniques (patch, gomme, inhalateur, spray nasal).

Le schéma suivant, emprunté à Tabac-Net. explique cette dépendance au tabac.

La nicotine est le principal alcaloïde du tabac (10 à 20 mg/g de feuille de tabac sèché). Elle se trouve adsorbée sur les goudrons produits par la combustion incomplète du tabac.

L'inhalation de la fumée entraine l'absorption de la nicotine par les alvéoles. Elle passe immédiatement dans la circulation systémique et atteint le cerveau en quelques secondes pour y exercer ses propriétés psycho-actives.

Le pic de nicotinémie, mesuré après consommation d'une cigarette, atteint 50 à 70 ng/ml, tandis que la nicotinémie résiduelle entre les cigarettes est en moyenne de 10 à 20 ng/ml chez le fumeur régulier (Benowitz N et coll).

Il existe tout un système de récompense cérébrale dont l'activation est déclenchée par la libération de dopamine (aire tegmentale ventrale mésencéphalique et système limbique).

La prolongation du tabagisme induit une désensibilisation progressive de ces récepteurs (comme toute augmentation de stimulation). En réaction, on note une augmentation du nombre de récepteurs dopaminergiques entraînant la sensation de plaisir.

Selon la métabolisation de la nicotine, il existerait des facteurs génétiques de tolérance à la nicotine (disparition des effets adverses de la nicotine : nausées, vomissements) ainsi que pour la transformation en cotinine (moins inductrice de dépendance). De même, il existerait des facteurs génétiques pour le système de récompense cérébrale (Noble EP et coll).

Il existe plusieurs tests (ou questionnaires) pour estimer la dépendance des sujets vis à vis du tabac.

Certains sont simples d'utilisation (cf. plus loin l'utilisation pour le sevrage tabagique), d'autres plus analytiques. Ainsi, le Centre de Genève Stop-Tabac cherche à  tester : 

    • l'heure de la première cigarette et l'importance du tabagisme,
    • l'anxiété à manquer de cigarettes et les démarches entreprises pour se fournir en cette 'drogue',
    • les modalités d'achat (en paquet ou en cartouche),
    • le passage ou non à une autre marque de tabac,
    • la difficulté à ne pas fumer dans les lieux d'interdiction formelle et la nécessité de quitter une salle au cours d'une longue réunion,
    • les circonstances du tabagisme (anxiété, effort particulier, poursuite en cas de maladie intercurrente ou pour éviter de manquer de cigarette),
    • le tabagisme systématique de société (début, milieu ou fin de repas, café, rencontre amicale, dancing...),
    • les symptômes observés en cas de manque (irritation, agitation, absence de concentration, tremblements...),
    • la crainte devant l'effort d'arrêter le tabagisme.

Il est clair que tous ces questionnaires montrent le caractère dépendant du grand tabagique qui perd sa liberté pour fumer.

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